1. Le papier asiatique

Le papier apparut vers 160 avant J.-C., en Chine. Primitivement, il était fait de chanvre et de fibres de bambou, de paille et d’herbes. Les fibres étaient battues au maillet jusqu’à obtention d’une surface plate. Au VIIe siècle de notre ère, l’expansion du Bouddhisme favorisa la diffusion du papier vers la Corée, puis le Japon (où il fut perfectionné).

2. Le papier arabe

Au VIIIe siècle, les Arabes découvrirent à Samarcande (sur la « Route de la Soie ») le papier chinois et ses utilisations. Le papier remplaça vite le papyrus et le parchemin dans l’administration des Musulmans. Des innovations techniques furent apportées (on utilisa du chanvre, du lin et, plus tard, du coton) et l’idée naquit d’utiliser du chiffon recyclé.

3. L’arrivée du papier en Europe

Longtemps l’Église refusa son usage car il était d’origine musulmane. Mais le commerce entre certaines cités chrétiennes et l’Afrique du Nord et la Sicile finit par importer cette matière, d’abord en Italie, puis dans toute l’Europe.

Au début du XIIIe siècle, des papeteries s’installèrent (à Fabriano) et très vite le pilon humain fut remplacé par la force motrice de l’eau. On inventa le pressage des feuilles et l’essorage entre deux feutres de laine, la forme devint fixe (châssis avec vergures et pontuseaux).

Les premiers moulins à papier apparurent en France à Troyes, en 1336, puis ils se répandirent en Auvergne, en Angoumois, en Périgord, et en Montargeois. La Hollande innova beaucoup dans les matériels. Le travail du papier resta artisanal pendant des siècles (jusque vers 1860).

4. Le papier chiffon du XVIIIe siècle à nos jours

De nombreuses améliorations eurent lieu, notamment en matière de chimie du papier, mais le progrès essentiel fut la fabrication du papier en continu (rouleaux et non plus feuille à feuille). Deux Allemands inventèrent des innovations importantes :  Keller mit au point le défibreur (en 1844, en Saxe), puis Völter améliora, à partir de 1867, le procédé de malaxage de la pâte. Mais, les chiffons usagés devenant de plus en plus cher, dans la seconde moitié du XIXe siècle, la pâte à base de chiffons atteignit des prix très élevés ; dès lors, la pâte produite par d’autres procédés et utilisant d’autres matières premières allait la concurrencer, puis la supplanter.

5. La pâte mécanique de bois

Déjà, en 1719, le chimiste Réaumur avait démontré qu’on pouvait obtenir du papier à partir de la cellulose du bois. En 1784 parut le premier livre imprimé sur un papier fait de cette matière végétale. En Angleterre, à partir de 1802, on fabriqua du papier de bois de manière industrielle. Puis les améliorations s’accélérèrent ; on améliora le défibreur de chiffons pour déchiqueter le bois et on maîtrisa de mieux en mieux la pâte ainsi obtenue. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le papier à pâte de bois devint prédominant, surtout pour l’impression des périodiques (alors en plein essor). A partir de 1867, il fut utilisé presque exclusivement, jusque vers le milieu du XXe siècle. Cependant, les utilisateurs se heurtaient encore à des problèmes de dégradation physique et chimique de cette matière (jaunissement à la lumière, crainte de l’humidité et/ou de la trop grande sécheresse, etc.).

6. La pâte chimique de bois

Le jaunissement de la lignine et les autres dégradations constatées amenèrent les chimistes à faire des recherches pour améliorer le procédé de fabrication : on imagina de cuire la pâte et même de la dissoudre avec de la lessive de soude caustique, de façon à supprimer les agents impropres contenus dans la pâte de papier.  Cette pâte chimique de bois fut inventée en Angleterre en 1854, mais ne se développa vraiment qu’au XXe siècle. Après 1880, l’usage du bisulfite de calcium pour améliorer la pâte se répandit rapidement.

7. La pâte à papier mécano-chimique

A partir de 1865, les industries papetières innovèrent encore et se fixèrent sur un mélange des deux procédés : la pâte obtenue mécaniquement fur grandement altérée par un fort apport de produits chimiques destinés à la blanchir et à la maintenir en état sans  trop d’altérations progressives dues aux facteurs environnementaux. Aujourd’hui, la pâte mécano-chimique de bois représente 95% du papier mondial.

De nos jours, les pâtes à papier reçoivent non seulement des adjuvants internes (charges minérales comme le kaolin, gommes solubles, résines naturelles et synthétiques), mais également des revêtements externes (couchage classique ou « aux rouleaux » ou encore « à la lame », etc.).

Consulter

  • Martin (Gérard). – Le Papier. – Paris, Presses Universitaires de France, 1964. In-8o, 128 p. (Collection « Que Sais-Je ? », no 84). Acheter le livre
  • Maupin (Olivier). – Identifiez et conservez vos papiers anciens. Manuel de conservation du papier et de l’estampe. – [s. l.], Dessain et Tolra, 2006. – In-4o, 128 p., ill.