Dès les premiers temps de la Renaissance, les dames de la bonne société, utilisèrent une arme redoutable, inventée au XVIe siècle : lorsqu’elles ne voulaient pas répondre à une question embarrassante ou qu’elles assistaient à une scène délicate, ou encore, lors de conversations sur des sujets qui les fâchent, elles s’évanouissaient, elles « tombaient en pamoison ».

Pour soigner ces troubles, on prit l’habitude de faire respirer des « sels » aux personnes évanouies. Souvent à base d’épices (poivre notamment) ou de solutions acides (acide chlorhydrique dilué), ces « sels » ramenaient rapidement à la conscience les personnes concernées, mais elles étaient alors considérées comme fragiles et devaient sortir pour reprendre leurs esprits.

Au XVIIIe siècle, le problème de la pamoison en public souleva une querelle entre médecins, nommée « Querelle des Vapeurs ».

Le Docteur Pierre Pomme (1735-1812), diplômé de la Faculté de médecine de Montpellier, publia, en 1760, un ouvrage intitulé « Essai sur les affections vaporeuses des deux sexes », dans lequel il étendait ce type d’affection aux hommes, alors que l’ensemble du corps médical le considérait jusqu’alors comme un problème exclusivement féminin. D’autre part, il préconisait une thérapie nouvelle, rejetant la pharmacopée traditionnelle et prônant des remèdes adoucissants et humectants (bains, boissons). Ce livre connut un immense succès immédiat, mais souleva l’indignation de nombreux médecins.

Fort de son succès mondain, Pomme vint s’installer à Paris (fief de la Faculté de médecine de Paris, ennemie et concurrente de Montpellier), ce qui lui attira de nombreuses inimitiés. On l’accusa d’être vénal et d’accorder du prix à la reconnaissance du public au lieu de se restreindre à la rigueur scientifique de l’orthodoxie de la Faculté.

Pomme publia alors de nombreuses versions successives de son « Traité des vapeurs et affections des deux sexes », chaque fois augmentées d’observations et compléments divers (2e édition 1761, 447 pages, 3e éd., 1767, à Lyon, 521 pages, etc.). La querelle connut son apogée entre 1765 et 1775, avec de nombreux articles dans le Mercure de France, le Journal des Savants, le Journal de Médecine, etc. En 1767, le Docteur Rostaing publia une contre-attaque intitulée « Réflexions sur les affections vaporeuses », en 239 pages. Lassé de cette lutte, Pomme se retira en 1772 à Arles, sa ville natale, où il mourut en 1812, oublié de tous.