Le papier timbré

Inventé en Espagne en 1626, le papier timbré fut utilisé dans les Provinces Unies (les actuels Pays-Bas, détachés de l’empire espagnol dès 1618) à partir de 1637. Il s’agissait d’un cachet apposé sur une feuille de papier officiel, vendu par un organisme d’État et qui faisait l’objet d’une taxe. Chaque acte authentique (contrat, testament, jugement…) devait être ainsi rédigé sur ce papier spécial et la présence du sceau royal lui conférait un caractère d’authenticité, tout en attestant que la taxe avait été perçue.

En 1655, Mazarin (1602-1661), qui gouvernait alors le royaume de France pour le compte du jeune Louis XIV, qui, né en 1642, était encore trop jeune pour régner, tenta d’importer ce système fiscal. Il rencontra l’hostilité des parlements de toutes les provinces de France et dut renoncer.

Toujours à court d’argent, le roi de France Louis XIV (1661-1715) qui menait alors, depuis 1672, une guerre désastreuse en Hollande (pour résister, les Hollandais avaient ouvert les vannes de leurs digues et l’avancée rapide de l’armée française avait été stoppée net par les inondations) imagina, en avril 1674, de reprendre l’idée et de faire payer une taxe sur tous les actes officiels rédigés, pour les besoins de la vie quotidienne, par les officiers royaux, y compris les actes inscrits dans les registres paroissiaux (Baptêmes, Mariages et Sépultures), ce qui allait plus loin encore dans la fiscalité.

Aussitôt, des révoltes antifiscales éclatèrent, notamment en Guyenne (à Bordeaux) et en Bretagne. Ce fut la Révolte du Papier timbré. Au début, ce furent surtout des insurrections urbaines. En Bretagne, les émeutiers saccagèrent les villes de Rennes et de Nantes, s’en prenant particulièrement aux officiers royaux, tels que greffiers, notaires et tabellions, officines diverses. Puis la révolte gagna les campagnes. L’Ouest de la Bretagne se souleva dans les premiers mois de 1675, notamment dans le Poher et le Pays Bigouden. Les petites villes de Pont-l’Abbé, Concarneau, Quimper, Hennebont, etc. furent mises à sac. En Basse-Bretagne, cette émeute prit le nom de révolte des Bonnets rouges, en raison de la couleur du bonnet que portaient un grand nombre d’émeutiers. La répression fut terrible : le duc de Chaumes (1625-1698), gouverneur militaire de Bretagne, fit pendre de nombreux insurgés. La révolte avait sévi d’avril à septembre 1675.

Après cet épisode dramatique, le papier timbré fut en usage en France jusqu’en 1986, avant d’être remplacé par le timbre fiscal mobile.