Les élixirs

L’étymologie du mot élixir est instructive : les Arabes désignaient la pierre philosophale ainsi qu’une sorte de médicament par le vocable al-iksir, mot emprunté du grec xerion qui était utilisé pour dénommer une poudre siccative. Le latin médiéval modifia le terme arabe en élixir, à l’occasion des nombreux contacts entre médecins juifs et arabes dans l’Espagne alors partagée entre Musulmans et Chrétiens, notamment à Tolède (ville reprise en 1085, lors de la Reconquista). Le mot élixir fut désormais couramment utilisé par les médecins et autres alchimistes dans tout l’Occident chrétien médiéval.

Breuvage censé doté de multiples vertus, l’élixir fut très en vogue au Moyen Âge et à la Renaissance. La littérature courtoise nous donne de multiples exemples d’épisodes dans lesquels un élixir joue un rôle essentiel. Tristant et Yseut ont bu, par inadvertance, un philtre d’amour.

En fait le mot élixir s’applique à plusieurs réalités : liqueur généralement très parfumée, obtenue de substances aromatiques, dissoutes dans l’alcool ou du vin.

En littérature, il désigne la quintessence de quelque chose, la substance de base.

C’est aussi une préparation résultant du mélange d’un sirop de sucre augmenté d’alcool et de substances médicamenteuses ou aromatiques.

C’est également le nom de certains médicaments liquides. Parmi les plus connus, on peut citer :

l’élixir des Pères Chartreux, inventé en 1605 par les moines de la Grande Chartreuse (Isère), élixir végétal aux grandes vertus digestives, encore commercialisé de nos jours ;

l’élixir de Garus, mis au point par Joseph Garus (1648-1722), médecin, sous la Régence, composé de myrrhe, de safran, de cannelle, de clous de girofle, de muscade et d’aloès, qui était utilisé pour soigner de nombreux maux ; il fut considéré comme une panacée en France comme en Angleterre aux XVIIIe et XIXe siècles ;

l’élixir de terpine, puissant antitussifs ;

Au XIXe siècle, de nombreux marchands ambulants parcouraient les routes du monde occidental (Amérique du Nord aussi bien qu’en Europe) pour vendre, souvent à prix d’or, des élixirs les plus divers, tous supposés dotés de vertus thérapeutiques, parfois vantées comme miraculeuses. Les clients, soient ignorants des réalités médicales, étaient nombreux à succomber.