La règle de Saint Benoît enjoignait aux moines de lire des livres sacrés, de sorte que les bibliothèques se multiplièrent dans les monastères, où on adjoignit souvent un atelier de copistes.

Dès le IVe siècle, l’empereur Constantin (206-337) fonda, dans sa ville de Constantinople (devenue Byzance au Moyen Âge) une bibliothèque importante avec l’aide de savants grecs. Ce foyer culturel rayonna pendant des siècles : en 827, l’empereur d’Orient Michel II le Bègue (820-829) offrit à Louis le Pieux (814-840) un manuscrit grec, qui fut donné à l’abbaye de Saint-Denis. En Occident, le pape Damase (366-384) constitua une bibliothèque dans la basilique Saint-Laurent, transférée au palais du Latran au VIIe siècle.

Au VIIe siècle, l’Espagnol Isidore de Séville (560-636) composa un poème sur le classement de sa bibliothèque, dans laquelle figuraient des ouvrages de droit, de sciences et de médecine, à côté des livres essentiels qu’étaient ceux des Pères de l’Église.

En 835, dans la règle du monastère italien de Bobbio, il est stipulé que le bibliothécaire assurera à la fois la garde des livres et la direction des scribes. Parti d’Angleterre pour évangéliser la Germanie, Saint Boniface fonda, en 744, sur les bords du Rhin le monastère de Fulda qui, dès le VIIIe siècle, posséda une bibliothèque et un scriptorium réputés. L’empereur Charles le Chauve (840-877) disposait d’une importante bibliothèque personnelle et est considéré comme le premier bibliophile.

Les copies de manuscrits exécutées dans les monastères ont largement contribué à maintenir la civilisation et à pérenniser les connaissances des Anciens, pendant tout le Moyen Âge. Les plus anciens exemplaires connus des « Annales » de Tacite sont des manuscrits de l’abbaye de Corbie, où ils ont été recopiés au IXe siècle. Dans les bibliothèques monastiques, une large place était accordée à la littérature classique, autant qu’à la théologie. La bibliothèque n’est pas encore une salle de lecture et de consultation, mais un simple magasin à livres (où les ouvrages sont entreposés sur des rayonnages, dans des armoires), de dimensions encore réduites (Au Thoronet, monastère cistercien du Var, la bibliothèque ne fait que 9m2). La lecture se faisait individuellement, dans le cloître, et à haute voix, pendant les repas, au réfectoire.

Au XIIIe siècle, les Universités naissantes se dotèrent de grandes bibliothèques. Pour les alimenter, les ateliers de copistes se développèrent. Dès 1290, la bibliothèque de la Sorbonne, à Paris, contenait plus de 1000 volumes. On étalait désormais les livres posés à plat sur des pupitres inclinés et ces ouvrages étaient enchaînés, pour éviter les vols ou les déclassements. Placé en face du pupitre, un banc permet la consultation par le lecteur, qui se déplace pour consulter un autre livre. La plus ancienne « bibliothèque enchaînée » connue est celle d’Oxford, en 1320. Les doubles et les ouvrages rarement consultés sont placés dans la « petite librairie », qui peut être considérable. Ainsi, à Oxford, on comptait, lors d’un inventaire des années 1330, un total de 330 volumes enchaînés dans la grande librairie et 1091 dans la petite. Cette mode nouvelle se répandit dans tout l’Occident.

Du XIVe au XVIe siècle, la disposition des bibliothèques a été conditionnée par le désir d’éclairer les pupitres, disposés en rangées, à l’aide de fenêtres latérales correspondant aux travées. Des lors, les bibliothèques ont la forme de grands rectangles, parallèles au cloitre. Dans ces édifices, les livres étant rangés sur les pupitres, les murs sont disponibles pour recevoir de riches décorations. Par exemple, la bibliothèque du chapitre du Puy-en-Velay dont les murs sont ornés de représentation des Arts libéraux (Grammaire, Dialectique, Rhétorique et Musique) avec, à leurs pieds, les grands hommes qui les ont illustrés (Priscien Aristote, Cicéron, Tubal Cain). Les vitraux des fenêtres étaient également décorés, de toutes sortes de motifs, principalement des muses ou des figures de la science.

Les livres rassemblés par Saint Louis furent dispersés à sa mort, en 1270. Il fallut attendre le règne de Charles V (1364-1380), le grand roi bibliophile, qui était lui-même son propre bibliothécaire (il annotait, cotait et paraphait ses livres de sa propre main), pour voir la bibliothèque royale trouver une importance considérable. La « Bibliothèque de Charles V » est à l’origine des collections de la Bibliothèque Nationale. En 1368, le roi transféra sa bibliothèque du Palais au Louvre, dans la tour de la Fauconnerie, somptueusement aménagée à cet effet sur trois étages, éclairée par trente chandeliers et une grande lampe d’argent.

Consulter

  • Masson (André) et Salvan (Paule). – Les bibliothèques. – Paris, Presses Universitaires de France, 1961. – In-8o, 128 p. (Collection « Que Sais-je ? », no 944). Acheter le livre
  • Bibliothèque Nationale. – La librairie de Charles V. [catalogue de l’exposition célébrant le sixième centenaire du transfert de la bibliothèque du roi de France dans une tour du Louvre]. – Paris, Bibliothèque Nationale de France, 1968. – In-8o, XXII-159 p, 24 pl.